Le projet né en 1990 à l’initiative du Conseil général de Seine Saint-Denis et de son président, Georges Valbon (jeune ouvrier typographe il est un des libérateurs de Paris puis devient un élu communiste marquant, Maire de Bobigny. Il a façonné ce département né en 1967).
Rock, rap, soul, reggae, chanson : toutes ces formes musicales largement répandues et extrêmement populaires étaient peu considérées des politiques publiques de la culture. Jack Lang, flamboyant ministre de la culture de François Mitterrand avait ouvert le chantier de la reconnaissance de ces musiques devenues actuelles. Au même moment naissait le FAIR, ce dispositif national de repérage des jeunes talents, qui a 30 ans lui aussi.
La Seine Saint-Denis était alors le premier département à promouvoir une politique  conséquente et volontariste dans ce domaine, avec une forte exigence de contenu et de sens. D’emblée Zebrock s’est arrimée fermement à des principes éducatifs d’action culturelle, de lutte contre les inégalités et d’ouverture, principes démocratiques, solidaires et pacifistes, à nos yeux valeurs essentielles à transmettre aux jeunes.
Avec un fanzine rock très riche et iconoclaste diffusé auprès des jeunes du département, puis rapidement des actions pionnières et pilotes en collèges et en lycées, des concerts événement et des dispositifs de soutien et d’encouragement de la scène musicale, Zebrock a vite imposé une griffe originale dans la vie musicale et culturelle.
Plus de 25 000 jeunes ont bénéficié de ses actions, notamment dans les collèges avec Zebrock au bahut, où elles ont convaincu les enseignants de la portée éducative des chansons et des musiques actuelles et de l’intérêt de la promotion de répertoires et de patrimoines musicaux pour construire des projets éducatifs originaux et pertinents. Avec l’idée de contribuer à la réussite scolaire des élèves, des propositions variées ont vu le jour, adossées à des méthodologies innovantes.
Des centaines de jeunes musiciens ont trouvé en Zebrock un espace de travail et de création singulier, à l’écart des logiques mercantiles souvent à l’œuvre dans la musique. Le Grand Zebrock et la scène Zebrock de la Fête de l’Humanité sont aujourd’hui très courus.

Mission accomplie: des équipes inventives et engagées ont fait grandir Zebrock au fil des ans. Ces années sont bien entendu jalonnées de doutes, de difficultés budgétaires, de remises en cause, mais c’est une belle réussite : les mêmes valeurs continuent de guider nos pas et le projet se révèle plus utile que jamais.

Son avenir ? Il est tout tracé. La place majeure qu’occupent l’écoute et la pratique musicales dans les univers adolescents, les mutations des technologies et des usages, le poids des algorithmes dans la construction des goûts comme la nécessité de ne pas lâcher prise quant à la promotion de la diversité des esthétiques et des expressions artistiques, le devoir d’encourager l’ouverture d’esprit et le sens critique sont autant de raisons de prolonger et renouveler les dispositifs d’action culturelle qu’a produits Zebrock.
C’est l’objectif assigné à Mélo, la plateforme éducative, et aux formations à la médiation musicale qui sont au cœur de notre proposition « Un monde de musique ». L’écho que rencontre cette proposition est éclairant : de nombreux adultes exerçant des responsabilités éducatives et de loisirs sont preneurs d’inclure ces musiques qu’ils connaissent bien et que fréquentent les ados dans leurs propositions éducatives. Encore faut-il s’y former et avoir des outils opérationnels.
La production et la diffusion musicales ont connu de profondes mutations. Elles se sont extrêmement démocratisées et sont devenues accessibles par tous partout. Cela impose de réfléchir à de nouveaux modes de travail pour que le désir de musique des jeunes se nourrisse et s’accomplisse dans des exercices créatifs enrichissants et que la conquête des publics ne se confonde pas avec la construction d’une clientèle. Le dispositif La Belle Relève avance des solutions éprouvées, visant notamment les quartiers populaires où pèsent les inégalités sociales et culturelles. Si la musique n’est pas LA réponse aux désordres sociaux et sociétaux que ous connaissons, elle fait sûrement partie de la réponse : elle est une formidable entrée en culture, dont il faut prendre le plus grand soin. Nous en sommes.
La publication en cette rentrée de l’Agenda européen de la musique par le Conseil européen de la musique dont Zebrock est un membre actif, fixe des objectifs ambitieux pour des politiques publiques de la musique, à la hauteur de sa place dans la société.
Zebrock est plus que jamais attachée à cette cause.
Au fil des semaines nous reviendrons sur ces 30 ans avec des souvenirs drôles ou émouvants, souvent les deux. De belles histoires en perspective !

Edgard Garcia, directeur