Dans quelques jours les Biennales internationales du spectacle (BIS) ouvrent leur porte à Nantes et seront sans doute parcourues des contradictions qui caractérisent le monde de la culture aujourd’hui. La montée en charge violente et dominatrice des GAFA auxquels semblent se vouer au nom de la modernité numérique que ce soit par conviction ou par fatalisme, une part significative des responsables politiques de « l’ancien comme du nouveau monde », a de quoi inquiéter. Elle met en péril bien des constructions patientes et créatrices et, par dessus tout, elle modélise les comportements conduisant à une sorte de mutation mortifère du citoyen-spectateur en consommateur béat. Le règne tout puissant de l’algorithme et du temps court de l’achat impulsif sont sans doute une des menaces les plus sournoises auxquelles nous ayons à faire face. Et largement sous-estimée, tant elle a su se parer des meilleurs atours de la familiarité. Toutefois, se garder de ce danger ne doit pas conduire à sacraliser une vie culturelle trop souvent dominée par les règles du mandarinat et de l’entre soi des « gens cultivés » finalement assez contents de ne pas avoir à se coller le travail d’action culturelle dont de toutes façons les moyens manquent cruellement. Cercle vicieux, spirale infernale qu’il serait temps de mettre en discussion.
Les éternels débats opposant démocratie et démocratisation culturelles n’ont-ils pas besoin d’être dépassés quand nous constatons la crédulité de nombre de nos concitoyens et que le consumérisme culturel et la bienséance médiatiques placent la logorrhée Star Wars comme témoignage de ce qu’être cultivé veut dire et le moindre frémissement des compteurs de streaming comme indicateur infaillible de l’avancée de la création artistique ? Une démocratie cultivée est-elle concevable, encourageant en tout instant la formation d’un esprit critique et libre, affranchi des affects de la marchandise et de son papier cadeau ? Dans laquelle les vessies ne sont pas prises pour des lanternes et l’effort de dépassement de soi encouragé ? Dans laquelle le savoir et les œuvres de l’esprit sont mis à leur juste place au cœur de la société et à ce titre y jouent un rôle déterminant pour son développement harmonieux ? Oui, nous le pensons ici à Zebrock et nous ne sommes pas seuls. Comme le chantait Kent voici quelques années, « il y a du monde dans le maquis ». Encore faut-il se mettre en ordre de travail, faire naître des réseaux de conviction et dépasser les logiques corporatives. Relions-nous les uns aux autres pour promouvoir l’esprit et la démarche d’une action culturelle renouvelée qui pose ses jalons partout pour tous et dès l’école. C’est ce cap que nous nous efforçons de tenir, non sans difficultés, en affrontant les contradictions et les vrais-faux débats, par exemple l’opposition trop soigneusement surlignée pour ne pas tendre un piège et souvent prétexte à jouer bas de gamme, entre cultures savantes et cultures populaires. Evidemment ce n’est pas si simple que de le dire mais avons-nous le choix ?  Il ne suffira pas de dire que les budgets de la culture sont d’une manière générale trop modestes, mais à quoi bon le dissimuler ou s’en accommoder ?  Combien de créations et d’emplois durables engloutissent ces campagnes de marketing destinées à nous rendre désirable des productions planétaires cent, mille fois rentabilisées ? Nous avons besoin d’argent et d’initiatives publiques inscrites dans un nouvel exercice de la vie politique.
Certains commentateurs remarquent consternés que l’ère Trump marque l’arrivée dans les sphères du pouvoir de personnes ayant pour uniques qualités d’être incultes et ignares, immensément riches et médiatiques. En effet le danger rôde par ici aussi. Plutôt que de s’en lamenter, il est temps d’agir. Promis, nous en reparlons vite.
Que pouvons-nous nous souhaiter de plus excitant pour 2018 ?