Avec ce titre enregistré en 78 tours en 1939, Billie Holiday donne en 3 minutes une conscience sociale et politique au blues et au jazz. « L’étrange fruit » est le corps d’un noir pendu à un arbre après son lynchage. Cette « coutume « barbare que subissent les Afro-américains est à cette époque encouragée dans le sud des Etats-Unis notamment par l’organisation raciste et criminelle : le  Ku Klux Klan.
Pour le mouvement des droits civiques, Strange Fruit, de par sa dimension symbolique, eut un effet comparable au refus de Rosa Parks de céder sa place à un blanc dans un bus, le 1er décembre 1955. Pour la militante Angela Davis, « Strange Fruit » a relancé  la tradition de la résistance et de la protestation dans la musique et la culture noires américaines, mais aussi dans celles des autres communautés. Alors qu’en 1939, le Time Magazine qualifiait le morceau Strange Fruit de musique de propagande (chanson écrite par un juif communiste), le même magazine hissait, soixante ans plus tard, le même titre au rang de chanson du XXe siècle.

Billie Holiday
Rien n’a épargné à celle que l’on a surnommée Lady Day. Billie Holiday a vécu un destin bouleversant et sombre où rien ne lui fut épargné : abandon familial, drogue, violence conjugale, prostitution…Sa vie romanesque est même retracée dans le film : Lady Sings the Blues.
Enfant, elle fréquente les lieux interlopes new yorkais des années 20 où sa mère se prostitue occasionnellement. Elle y apprend le jazz et le blues. Sa voix hors du commun lui permet de chanter dans les clubs. Peu à peu, elle s’imposera comme l’une des plus grandes chanteuses que le jazz ait connue.
En mars 1939, un jeune professeur de lycée, Abel Meeropol propose son poème « Strange fruit » ensuite à celle que l’on a surnommé Lady Day. Cette métaphore du lynchage et des pendaisons, dont souffrent les Noirs dans certains états du Sud des Etats-Unis, devient un immense succès.