La fermeture annoncée pour la fin du mois d’octobre de l’espace Khiasma aux Lilas est une bien mauvaise nouvelle. Les baisses de subvention auront eu raison de cette structure atypique et pluridisciplinaire particulièrement tournée vers les arts visuels et la création contemporaine, lieu d’accueil de créateurs de tous horizons. Jouant la carte de la proximité et des petites formes, l’équipe de Khiasma a depuis 2001 accompagné un nombre conséquent de projets artistiques, et d’artistes en résidence qui aujourd’hui comptent dans le panorama de la création contemporaine. Dans un communiqué d’une grande tristesse sa présidente estime que « La disparition de Khiasma c’est la perte d’un geste singulier, celui d’une exigence artistique jamais démentie associée à une véritable hospitalité pour des paroles fortes ou fragiles, une indépendance un peu insolente qui a grandi sur le terreau fertile de la Seine-Saint-Denis, avec l’aide de ceux et celles qui y vivent et le traversent. » Les difficultés financières qu’a rencontrées Khiasma sont d’une révoltante banalité : des milliers de structures culturelles sont confrontées, dans le silence assourdissant du Ministère la culture et de la plupart des élus, à une précarité constante, les équipes sont épuisées, les moyens manquent cruellement et la notion même de « service public de la culture » qui a permis à notre pays de ne pas être (au choix) une succursale de Disney, Fox News ou Vivendi, est remis en cause dans ses fondements mêmes. Pourtant, les sommes en jeu sont souvent bien modestes. Mais les structures culturelles sont sommées de devenir rentables ce qui n’a absolument aucun sens dans le cas de Khiasma par exemple. Les circuits financiers qui engendre la fraude fiscale et échappent à l’impôt s’en moquent. Leurs actionnaires sont assez riches pour se faire leur vie culturelle à eux, dans leur cénacle à eux. Tant pis pour les autres. Le communiqué de Khiasma relève  ceci également: « À un moment où le populisme gagne du terrain et fait fléchir la démocratie, où la culture devient lentement le jouet des fortunés plutôt qu’un bien commun et une pratique de partage, ce n’est pas une bonne nouvelle ». On ne saurait mieux dire.