Sa voix était impressionnante mais pas à la manière de sa corpulence qui lui a tant pourri la vie. Impressionnante car elle puisait sa force dans la tradition du blues, à laquelle rien, ni la couleur de la peau ni le lieu de naissance ne semblait la prédestiner, ce qui fiche un sacré coup au bazar des racines et au blah blah du déterminisme ethnique. Colette Magny fut une gigantesque chanteuse, malmenée par les médias et le monde du disque toujours à la recherche des consensus mous et autres béatitudes musicales. Dactylo de métier, elle a viré de bord en écoutant le blues, le jazz, mais aussi ces fortes têtes de la chanson française, les Brassens, Ferré et quelques germanopratins qui ne laissaient pas leur langue au vestiaire des convenances.
Telle une Odetta française, dotée d’une voix profonde et forte, elle a construit un répertoire tiré vers le free jazz, charriant des textes revendicatifs, vindicatifs parfois (Viet Nam ou Repression) mais toujours justes et mesurés, chargés d’une poésie qui ne dénoterait pas aujourd’hui dans certains registres rap. Il faut entendre Oink sur Repression, avec notamment Bob Guerin et François Tusques, aventureux musiciens d’une scène free-jazz-rock effervescente dans ces années 70 qui épouvantèrent tant le bourgeois.
Disparue en 1997, Colette Magny est un jalon essentiel de la chanson, une chanteuse qui a plus que donné de sa personne : on ne compte pas le nombre de galas de soutien et solidarité auxquels elle a pris part, sa guitare à la main et ses convictions dans la voix. La filiation est importante de Catherine Ribeiro à Bernard Lavilliers, D’ de Kabal et une part de la scène rap/slam, notamment le Spoke Orchestra. Cet hommage est plus que bienvenu : juste et nécessaire.
Du 6 au 20 octobre, Colette Magnyfique :  plus d’infos