Lauréat du FAIR 2018 et finaliste du Prix Ricard SA Live et Chorus 2017, FreeZ sort son premier opus, Frame. Entre Strasbourg et Paris, le quatuor propose un voyage dans le temps, l’espace et le texte. Avec pour objectif d’ancrer un son venu d’ailleurs sur une tradition hip hop, le groupe s’inspire autant de The Last Poets, précurseurs du rap et du hip-hop à New York dans les années 1970, que de Sun Ra, figure iconique du free jazz cosmique et afro-futuriste. Cosmic est d’ailleurs le maître mot, la signature d’un style musical autant que d’une identité générale incarnée par FreeZ.
Eli Finberg, rappeur américain débarqué à Strasbourg, pose sa voix grave sur des instrus où la batterie et les machines d’Arthur Vonfelt, la trompette supersonique d’Octave Moritz et le clavier atomique de Quentin Rochas forment un hip-hop cosmique qui envoie l’auditeur dans la stratosphère. Le morceau “Cosmic” décrit justement l’hybridation d’instruments acoustiques et de machines électroniques qui ouvre sur un imaginaire tourné vers l’Univers, et l’universel. “You want it ‘cause it’s cosmic, atomic, electric, electronic / cosmic, atomic, biological, chimical, physical, metaphysical.”
Si FreeZ tente de toucher au cosmos, c’est donc en mêlant les genres : blues, soul, jazz, aux racines du hip-hop, sont réinventés à l’orée d’une musique électronique, où les machines jouent le jeu de la distorsion. Le groupe ouvre une porte vers un espace étrange et énervé qui se veut différent de ce qui se fait actuellement dans le cercle des musiques urbaines. C’est justement ce que met en valeur le titre “Same” qui évoque l’exercice de la composition et de l’écriture. “Everybody sounds the same” scande le refrain. FreeZ reprend le thème du clash, bien commun dans le rap, et utilise la critique pour valoriser la singularité de son “son”. Freez se veut maître dans l’art de mêler la “science de la fête et de la musique savante, le rap qui tape et le slam à lunettes”.
En effet, l’écriture de Mr E. est rigoureuse et franche, et la tendance à viser l’universalité du cosmos ne l’empêche pas de faire de ses morceaux une critique acerbe de notre société occidentale. La douce voix éraillée d’Emily Loizeau sur le morceau “Turn Around” invite à regarder autour de soi la réalité des choses. Usant de l’art du collage et de la superposition, le clip de “Flamin Goes” entasse et détourne des images d’archive à la façon d’un montage Photoshop saugrenu qui a pour objectif de pointer l’absurdité d’une société de consommation et d’opulence dont la violence est inhérente. Alors que le cosmos est un système considéré comme ordonné, le monde terre-à-terre des humains ne l’est pas et l’opus Frame se veut comme une réflexion presque transcendantale de ce désordre.

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