PIAS

Delgrès comme un défi. Celui de porter à la manière d’une proclamation le nom de ce révolutionnaire Guadeloupéen, anti-esclavagiste et abolitionniste qui jusqu’au bout – Vivre libre ou mourir ! – tint tête aux troupes napoléoniennes venues rétablir l’esclavage aux Antilles en 1802. Ca fixe le cadre de cette musique brûlante qui a l’intention d’en découdre. Déjà, pour le dire vite : ça décoiffe. Gros blues épais, slide-guitare qui dégouline de partout, rythmique de tous les diables et énorme son du sousaphone, cet espèce de cuivre en forme de serpent à grande gueule qui enserre le corps du musicien des fanfares de la Nouvelle-Orléans. Autant dire, entre bayou et carnaval caribéen, le décor est planté. Alternant le dru et le doux, le rèche et le suave, les titres sont habités par une fureur dont les textes en créole laissent apparaître la profondeur. C’est que tout ça vient de loin. Pascal Danaë, la figure de proue du projet est évidemment un descendant d’esclaves et remonte la douleur d’une histoire à ce jour non achevée, loin s’en faut. Mais il s’agit aussi de musique et l’écoute du disque nous entraîne progressivement dans un feuillus de sonorités toutes en nuances Comment trois musiciens parviennent-ils à produire une telle richesse sonore ? Danaë chante juste, au sens plein du terme, voix chaude, phrasé souple, expressivité et conviction qui ouvrent sur une incontrôlable envie de remuer, d’onduler et de danser. Inutile de jouer à souligner tel titre plus que tel autre : c’est l’album qu’il faut entendre et réécouter. Une grosse claque.