La fameuse comédie musicale, HAIR, est née en 1967 à San Francisco, au pic de ce qu’on appelle le Summer of Love, mouvement musical débordant largement sur des considérations sociétales.

Les hippies et autres futurs babas cools qui rêvent d’une autre forme de vie sous le soleil doré de la Californie sont l’expression la plus connue des grandes secousses qui traversent alors le monde: de Prague à Mexico, de Londres à Paris, de Tokyo à Chicago, cette période voit grandir dans la jeunesse une forte contestation politique, sociale et culturelle. Remise en cause des liens familiaux et des formes traditionnelles de l’autorité, refus de la guerre, notamment la guerre du Viet Nam, apparition des préoccupations écologiques, droit des femmes et des minorités, liberté sexuelle et affranchissement du corps des vieilles normes puritaines marquées de religiosité, rejet des ségrégations raciales: l’époque est aux bouleversements. Puisque l’homme peut échapper aux règles de la gravitation dans sa conquête de l’espace, il peut donc se libérer des vieux codes de la morale et des convenances sociales terrestres.

Née des déflagrations sonores du rock, de la soul et des musiques électriques qui sont à la mode dans ces années incandescentes, Hair épouse le format classique, et très apprécié aux Etats-Unis, de la comédie musicale. Mais le respect de la tradition s’arrête là. Bien sûr, avant Hair il y eût les Porgy & Bess de Gerschwin et West Side Story de Bernstein. Mais le premier est un opéra, le second un film et tous deux sont conçus et composés par des compositeurs parmi les plus fameux de leur temps, largement consacrés par leurs pairs et les institutions. Cela n’empêchât pas que leurs œuvres fissent preuve d’audace lors de leur parution et ne manquassent point de subvertir quelques règles de la société américaine et de sa tradition WASP (white-anglo-saxon-protestant). Toutefois, Hair est écrit par d’illustres inconnus. Ecrit dans la foulée – deux ans après – d’un premier « rock musical », intitulé Viet Rock, brûlot antimilitariste écrit et composé par deux femmes, Megan Terry et Marianne de Pury, Hair est gorgée de ces fameuses sixties où s’inventent de nouvelles formes musicales et se repoussent les limites de l’imaginaire. C’est un des protagoniste de Viet Rock, Gerome Ragni et un acteur, James Rado, qui feront Hair. Les chansons sont écrites et jouées à la manière d’un groupe de rock qui s’élance. Elles sont électriques, posées sur des rythmiques binaires et ornées de mélodies bien troussées qui dessinent une sorte de panorama assez fidèle de ce qui fait, alors, le rock ou la pop et se nourrit du meilleur de leurs racines blues et soul. Ainsi, l’immense Nina Simone livrera une version magistrale de Ain’t got no. Chacun s’y retrouve et ce n’est sans doute pas la moindre des raisons du succès de Hair dès ses premières exécutions. Sur le plan scénique, Hair innove: pour la première fois les artistes se mêlent au public d’un théâtre et exécutent un « be-in », cette nouvelle façon de s’affirmer que les jeunes américains plébiscitent sur les campus universitaires. Be-in, nous sommes là. Emmêlés. Ensemble.