Chansons et éducation : un couple innovant.

Zebrock - La Fabrique Electro - Sacem 2019 © Marylène Eytier www.aubondeclic.com

Pionnières et pilotes, les actions éducatives de Zebrock font figure de démarches pédagogiques innovantes.

Au fil des années, nous avons appris à creuser les enjeux de l’éducation artistique et culturelle, regardée du point de vue des musiques actuelles et de la chanson qui est notre domaine de référence. Que l’écoute de ces musiques soit la première pratique culturelle des français et d’abord des jeunes, plaide pour les prendre au sérieux. Évidemment vient tout de suite à l’esprit le caractère massif de cette écoute comme la quasi instantanéité avec laquelle le désir d’écoute est satisfait. Qu’elle est lointaine cette époque où écouter de la musique demandait une platine tourne-disques, un ampli et des enceintes et donc impliquait une écoute à domicile. Tout est plus simple et rapide aujourd’hui, avec des smartphone contenant plus qu’une discothèque d’honnête mélomane ne peut offrir. Devant une telle abondance, l’envie de musique mérite d’être encouragée, non pas pour aller dans le sens d’un rapport compulsif à la musique, mais au contraire pour que le jeune auditeur apprenne à s’y retrouver, à construire son parcours de mélomane, en acquérir les codes et se nourrir des cadres de références indispensables à la constitution d’un savoir éclairé. Une autre raison plaide pour cette démarche éducative que nous défendons : la rapidité par laquelle une œuvre peut rencontrer son public, quasiment affranchie des divers filtres qui jusqu’à il y a peu régulaient son cheminement vers les auditeurs (presse, radios, critique musicale, bouche à oreilles), soumet les jeunes auditeurs au « bombardement  » de la nouveauté face auquel il est souvent difficile de garder sa capacité de jugement. Les stratégies du marketing et de la surconsommation sont en permanence à l’œuvre. Elles ont pour principale caractéristique de délier l’œuvre qu’elles fétichisent de tout rapport à l’histoire par laquelle elle prend pourtant place dans les processus de la création et gagne justement son statut d’œuvre. Il ne s’agit pas d’introduire ici le vieux clivage des œuvres légitimes installées dans un surplomb duquel elles toisent les œuvres mineures de la variété, mais bien de revendiquer que celles-ci ne sont pas « muettes ». Facilement méprisé et laissé aux enfants, un titre comme « Sapés comme jamais » de Maître Gims ne nous en dit-il pas beaucoup sur les mythes de la sape, l’humeur de Kinshasa et les couleurs de la rumba congolaise ? Et si effectivement, toutes les chansons de variété, n’offrent pas ou peu de prise et qu’une bonne partie de la production musicale est d’un intérêt limité, trouvons-y une raison de plus pour faire du discernement un enjeu éducatif. Car oui, tout ne se vaut pas. Savoir l’apprécier est une question de taille. L’intérêt du champ des musiques actuelles et de la chanson est qu’il prospère sur un humus de connaissances acquises dans et hors le cadre scolaire et qu’il aide à les relier entre elles. La scolarisation de cet objet non scolaire ouvre l’école sur la vie, fait entrer la vie dans l’école et valorise souvent les élèves. Il contribue à la réussite scolaire des élèves, notamment ceux dont le cadre familial est éloigné de la culture et aux « références culturelles » requises par le système éducatif. Cette approche occupe une place centrale dans les formations à la médiation musicale que dispense Zebrock. Elle est innovante.