Voici plusieurs mois que le spectre de la disparition des départements rôde.  L’on connaît la musique : économiser, rationaliser, rapprocher, débureaucratiser, re-économiser… et surtout économiser. La métropole, cette super forteresse administrative concurrentielle, deviendrait notre seul salut. Observée depuis les politiques publiques qui ont largement dessiné notre vie culturelle, la promesse est inquiétante. Outre le fait que le discours des économies ressemble à une baliverne (moins de fonctionnaires mal payés .. et pourquoi pas moins d’actionnaires grassement rémunérés ?), la logique d’austérité budgétaire qui le sous-tend inquiète. Nous, Zebrock, qui avons grandi ici en Seine-Saint-Denis (deuxième département théâtral de France, après Paris, soit dit en passant – qui le sait ?) sommes le fruit de politiques publiques qui ont structuré une vie culturelle riche accordant une large place à la création, à l’indépendance artistique à la diversité et à la conquête systématique des publics, chaque jour recommencée. Bien qu’insuffisants, de conséquents budgets (dans le département le plus pauvre de France) ont soutenu un formidable entrelacs de structures associatives, théâtres, cinémas et propositions artistiques qui font l’originalité profonde et attachante de ce territoire-département. Ces parti-pris politiques affirmés depuis la création du département en 1967 et bien avant, dans de nombreuses villes, sont largement partagés, notamment par les jeunes. L’émotion qu’a suscitée la récente disparition de Jack Ralite nous en dit l’actualité. Qu’en sera-t-il avec la Métropole ?
Le risque bureaucratique, l’éloignement du terrain, les logiques comptables et ce qu’il faut bien nommer une forme de mépris de la banlieue, ne risquent-ils pas de fragiliser, voire entamer ce qui a été patiemment construit. Nos amis les géants du commerce et de l’entertainment se targuent d’avoir la réponse : la consommation de produits culturels, la fréquentation des parcs d’attraction et des multiplexes, les centres commerciaux ouverts le dimanche devraient suffire à gaver nos imaginaires. Justement, nos envies sont ailleurs, ne cherchent pas à être immédiatement rentables, sont non polluantes et foncièrement autonomes. Nés avec la Révolution, les départements ne sont pas que des numéros d’identification : ils dessinent un territoire et un en-commun, ont développé des services publics à mesure humaine, certainement mieux à même de satisfaire les besoins sociaux (ou collectifs, comme vous le voulez) que des structures éloignées et perchées. Reste bien sûr que le fait métropolitain est sous nos yeux et s’impose : alors avant de décréter la fin de ceci ou cela ne faut-il pas en faire vivre l’idée et tisser les liens de coopération nécessaires sans évidemment dessaisir les électeurs, les citoyens.  C’est le dernier point et pas le moindre : moins d’élus pour que moins de gens soient porteurs d’une légitimité démocratique, puissent s’en prévaloir et aient des comptes à rendre ? Ca fait un moment que les brillants esprits bruxellois susurrent cette chanson et que certaines élites politique et administratives la fredonnent ! Quoi ? Contenir la volonté populaire ? On le voit les motifs d’inquiétude sont nombreux. Ils motivent de nombreuses réactions : en Seine Saint-Denis, c’est à une journée sans département qu’a appelé Stéphane Troussel le président du Conseil départemental le 7 mars et un appel circule, déjà signé par de nombreux habitants et personnalités du département.
La Seine-Saint-Denis, j’y teins , l’appel du Conseil départemental : https://www.change.org/p/la-seine-saint-denis-j-y-tiens