La FEDELIMA initie un programme de mentorat femme-femme pour la rentrée 2019

Dans le courant du mois dernier, 700 Femmes Engagées des Milieux de la Musique – F.E.M.M., c’est l’acronyme sous lequel elles se sont rassemblées – ont publié un manifeste annonçant leur volonté de mettre fin au sexisme dans le monde de la musique. Elles sont à ce jour plus de 1200 signataires.

Evidemment il s’agit de souligner les violences sexistes subies par les femmes d’une façon généralisée – le site internet PAYE TA NOTE, ainsi qu’une enquête de Télérama publiée courant avril sur leur site internet en avait déjà fait un sujet d’actualité – , mais plus encore elles pointent du doigt un fonctionnement profondément sexiste, plein de préjugés, de non-dits, un fonctionnement qui invisibilise les femmes dans leur travail et leur réussite, ralentissant leur carrière voir même empêchant leur développement. Aussi, par ce manifeste, elles prennent la décision de dire ensemble « non », il s’agit d’ensemble se hisser les unes les autres dans la sphère professionnelle, de clamer sa place, et d’y accueillir de nouvelles femmes.
Ce manifeste se présente donc comme le point de départ d’un mouvement en avant vers un secteur plus égalitaire et diversifié par le biais de la sorotité. Le terme fait son apparition chez les féministes des années 70, et désigne la solidarité entre femmes, bien que connoté négativement lorsqu’il est associé au féminisme – les accusation de communautarisme, et de mise en marche d’une suprématie féminine fleurissant rapidement – il est repris aujourd’hui à la suite du mouvement #metoo.
En effet, nombre d’articles attribuent au hashtag d’avoir fait tomber les murs qui séparaient des expériences personnelles et d’en avoir fait une expérience commune, autour de laquelle ont pu s’unir des femmes jusque- là isolées. De là sont ressorties colère, empathie et la volonté de s’unir pour mettre fin aux fonctionnements et aux comportements sexistes et discriminatoires dénoncés. Il a donc s’agit de mettre cette nouvelle communauté, cette sororité, à profit en faisant de l’entraide et du soutien entre femmes une solution. D’abord, elle est un moyen de faire de chaque milieu professionnel un lieu plus sûr, mais elle est aussi un outil de lutte face aux préjugés, à l’inégalité salariale, à l’exclusion des femmes des postes à responsabilité et à l’invisibilisation de leurs carrières lorsqu’elles parviennent malgré tout à accéder aux dits postes.

Afin de poursuivre l’égalité femme-homme dans les musiques actuelles, la FEDELIMA (la Fédération des Lieux de Musique Actuelles) lancera dans le courant de l’été la plateforme ressources WAH ! . Le projet est né de la volonté de faire de cette question un enjeu plus concret au sein du spectacle vivant, plus particulièrement des musiques actuelles et de faciliter la mise en actions d’initiatives au sein des structures et des projets. Il a donc s’agit de réunir en un même lieu chiffres, études, blogs, statistiques, expérimentations et initiatives portant sur le sujet pour en augmenter la visibilité et, donc, la diffusion.
Parallèlement à cette plateforme, la FEDELIMA lance un projet de mentorat non-mixte (en binôme femme-femme) : WAH ! – mentorat. Cette fois ci ce sont directement les entrepreneuses du spectacle vivant et des musiques actuelles qui sont au cœur de cette initiative. Inspirée par le projet de mentorat lancé fin 2018 par MEWEM et la FELIN (Fédération des Labels Indépendants), la FEDELIMA en a imaginé une déclinaison. Le programme débutera en septembre prochain et rassemblera douze binômes de femmes travaillant dans le secteur de la programmation, de la direction de projets ainsi qu’à des postes techniques, de régie par exemple. En d’autres mots, cette initiative met en action cette nouvelle sororité née des mouvements ayant pris place ces derniers mois, afin de permettre de façon concrète d’avancer vers l’égalité femme-homme, l’évolution et la reconnaissance professionnelle des femmes entre elles et par leurs pairs.

Natalie Portman, pour qualifier des démarches similaires lors d’un gala Variety au cours duquel elle prenait la parole en tant que membre de Time’s Up avait dit : « lorsque l’on allume avec sa torche, la torche de quelqu’un d’autre notre torche n’en brille pas moins, au contraire, on crée plus de lumière et plus de chaleur ». C’est bien là le but de ces initiatives ayant en leur cœur la solidarité femme-femme comme moyen d’action. En faisant entrer plus de femmes dans les réseaux dont elles sont tenues à l’écart, il ne s’agit pas pour les femmes y prenant part de diviser leur « lumière », mais bien de la multiplier et d’éclairer le chemin pour d’autres femmes. Il ne s’agit pas de « prendre » les places d’hommes dans ces réseaux, mais de créer pour eux aussi de nouvelles opportunités, en élargissant les voies aujourd’hui considérées comme normales par le biais de l’égalité et de la diversité.

Sources :