« Est-ce mission impossible de prendre des mesures exceptionnelles pour un département exceptionnel ? Bon sang ! Avouez que ceci est rageant quand même ! »
Nous répéterons-nous si nous reprenons les termes d’un très officiel rapport parlementaire (Evaluation de l’action de l’Etat dans l’exercice des ses missions régaliennes en Seine Saint-Denis ) qui met en lumière les invraisemblables inégalités dont sont victimes la Seine Saint-Denis et ses habitants ? Etabli par les députés Cornut-Gentille et Kokouendo du groupe La république en marche, le parti présidentiel donc, il décortique sur les points cruciaux de l’éducation, de la sécurité  et de la justice, socles des politiques publiques, les manques de l’Etat. La lecture de ce rapport renvoie à leur mauvaise foi, pour ne pas dire plus, celles et ceux qui ne cessent de pointer des banlieues toujours « assistées, paresseuses, coûteuses et incapables de  redresser » dont la France serait, en substance, lasse de porter le fardeau. Outre que ce genre de propos courant dans des cénacles  de rentiers haineux et aigris est infâme, nous vérifions officiellement en quelque sorte qu’il est mensonger. Mais surtout, ce rapport est sans appel : ce sont les banlieues, en l’occurence la Seine Saint-Denis, qui payent le tribu de désengagements contraires aux principes de la République et sont spoliées, c’est-à-dire ne sont pas traitées à l’égal d’autres territoires où les niveaux de vie des habitants sont plus élevés.
Ainsi les disparités sociales, au lieu d’être corrigées et combattues sont-elles aggravées et deviennent des discriminations. Le niveau moyen scolaire est plus bas qu’ailleurs. Non pas du fait de quelque déterminisme que ce soit (comme le sous-entendent certains propos aux relents eugénistes et racialistes) mais du fait que l’école manque cruellement de moyens, de professeurs formés et expérimentés et de confiance en sa capacité à faire progresser les enfants, à être un des lieux de leur émancipation de leur condition d’origine. Sous-effectifs, débutants, instabilité professionnelle, souffrance au travail : ce que dit le rapport de la situation des personnels de l’Etat est effarant. Concevons ce que cela donne si on élargit la focale aux personnels communaux, sociaux et hospitaliers, à l’armée des responsables associatifs épuisés… Pas beau le tableau. Ajoutons à ceci la tribune-cri d’alarme (voire notre sous-titre) de la procureure-adjointe du Tribunal de Bobigny en février dernier dans le Monde ; que le rapport constate que « l’Etat ignore le nombre d’habitants vivant dans le département » ; que la criminalité galope, mais aussi que le 93 est le 3ème contributeur de l’Etat en TVA, qu’il est richement doté en équipements culturels, qu’il est créatif  et que de grands groupes y font de substantiels chiffres d’affaire… et on entend ce que disent de longue date des élus, associations, syndicats et forces politiques inquiets : assez de gâchis.
Bref, tout cela plaide pour que des mesures de rattrapage soient prises, que la politique de la ville devienne une politique de droit commun, que des emplois soient créés, notamment dans les servcies publics, qu’une partie de la richesse créée soit redistribuée, que les processus démocratiques soient vitalisés et effectifs jusqu’en haut, pas seulement circonscrits à l’échelle « du quartier ». C’est ce vers quoi tendait le rapport Borloo, remisé d’une pichenette par le Chef de l’Etat. Jusqu’à quand ?