Plongez à la découverte de l’underground français de 1968 à 1980

Samedi 18 avril 2015, la master classe « L’Underground s’exprime » restituait son travail sur la scène du Canal 93 à Bobigny. Entamé voici trois mois, ce travail monté avec le soutien du Conseil départemental 93 et le réseau MAAD, mettait en jeu un répertoire généralement oublié par ces temps de conformismes musicaux et idéologiques, où mémoire ne rime surtout pas avec histoire, un répertoire issu de ce continent musical envahi par les tribus gauchistes, libertaires, pileuses et enragées mais engageantes, imprégnées des utopies de 1968, qui ont bouleversé à coups d’insolence et d’inventivité non seulement les règles établies de la production musicale, mais aussi les codes usuels de la composition et de l’écriture et ont donné naissance à des œuvres passionnantes, entre chanson rebelle et free rock.

Jeunes gens indociles, convaincus de leur importance, curieux et souvent excellents musiciens, les Gong, Magma, Ribeiro+Alpes, Dashiell Hedayat, Lard Free, Albert Marcoeur, Alain Kan et autres Colette Magny étaient également dotés d’un humour dont bien des groupes aujourd’hui gagneraient à savoir faire preuve. La compilation « 30 ans d’insurrection musicale » parue voici une poignée d’années chez Spalax donne la parfaite mesure de la démesure de ces chansons antimilitaristes, où droits des femmes et contestation du clergé avançaient du même pas. Sûr, on est loin de la « manif pour tous » et de son cortège de pénitents effrayants. Là, on est plutôt du côté de Cabu et de la bande de Charlie Hebdo, de l’époque et d’aujourd’hui. Nous avions d’ailleurs une vraie pensée pour eux quand se conduisaient les répétitions, tant nous avons la conviction que c’est précisément cela que les tueurs veulent faire taire: la liberté de penser et de sortir des clous et des dogmes en tout genre. Et dans ce domaine les intégristes sont nombreux et de toutes obédiences.

Donner cette restitution le jour du Disquaire Day tombait à-propos, tant cette époque demeurera comme l’âge d’or du vinyle avec ses pochettes géantes, fourre-tout et bigarrées, pour ne pas dire barrées. Donc, à l’arrivée: plus d’une heure de concert, avec dix musiciennes et musiciennes issus des troupes du Grand Zebrock ou attirés par l’odeur de souffre, sélectionnés en décembre dernier. Ils et elles se sont collé avec justesse à des morceaux souvent complexes (bien jouer Magma, c’est un défi, notamment pour le batteur). Des solos de guitare épatants et du chant très convainquant (chanter Ribeiro, un vrai défi), des rythmiques souples mais dures à souhait, un accordéon exotique: un petit bonheur. Franco Mannara, chanteur, guitariste, coach talentueux et expérimenté a piloté ce projet avec Anne-Cécile de Vellis.