Oré c’est la girl next door par excellence. Ni ado ni adulte, mais conteuse, sa voix se prête à des personnages et raconte en filigrane des phénomènes de société. Prix des Inouïs du Printemps de Bourges et finaliste du Grand Zebrock en 2018, lauréate du Fair en 2019, Oré dévoile son premier EP, tout simplement appelé l’EP d’Oré. Entre des paroles d’une poésie et d’un second degré qui témoignent d’une grande maturité et des instrus hip-hop et trap dont la fonction assumée est de « s’enjailler », Oré évolue dans un entre-deux bien à elle qu’elle affirme tout au long de l’EP.  On recommande !

L’EP d’Oré se termine avec Orétrip, seul moment de l’opus où l’artiste se met en scène et raconte son histoire personnelle, d’ailleurs sur l’instru la plus hip-hop des 5 morceaux, rappelant bien son inspiration première.

1000g au centre de l’EP, est peut-être le morceau le plus efficace de celui-ci. Performatif, la protagoniste raconte l’oppression du monde de l’entreprise et met en parallèle l’efficacité, une des valeurs les plus importantes d’un monde où la production est reine, et l’efficacité de l’instru trap complètement dansante qui fait écho à la fureur de vivre de ces personnages. Sans se prendre au sérieux, Oré, accompagnée de son acolyte aux machines et à la réalisation du projet, Bozek, tisse ici l’histoire d’une jeunesse qui ne trouve pas sa place dans le moule et qui veut, comme le peuvent les enfants, faire pause, et trouver du sens à leur vie.

C’est donc tout à fait naturellement que le morceau suivant raconte le besoin de s’enfuir en vacances. Comme Séverin avec « en vacances » sur son album Transatlantique sorti un mois auparavant, ou Niki Demiller – autre poulain du Grand Zebrock – avec « l’aventure », une « jeunesse » trentenaire élève la voix car elle ne parvient plus à se conformer à un vieux modèle persistant de l’organisation du travail. C’est le blues du monde des adultes que l’on entend, la rage de vivre, l’envie de garder son âme d’enfant et de continuer à s’amuser. Oré est de ces artistes qui veulent redéfinir le monde  et y insuffler de la poésie. Étonnamment, Imagination, morceau le plus lisse et pop musicalement, est peut-être le plus intime : la narratrice admire la force des enfants, le rêve : « une arme colossale ». Avec sa voix nature, et son humour, l’EP d’Oré dévoile sa vision du monde avec efficacité.