« Où il y a oppression, il y a résistance, et la culture devient urgence criée. » Criée haut et fort, dans les langues de la danse, du hip-hop et du raï – dans les langues de la banlieue. La 12e édition des journées Amplifiées de Zebrock mettait à l’honneur trois films documentant la résistance des jeunes à une société qui ne leur manifeste que mépris et ignorance. Mutilés, ces jeunes devenus aujourd’hui des figures mythiques, s’expriment par la danse et le rap, comme l’illustrent si bien Faire kifer les anges et 93 – La belle rebelle, grands films du grand réalisateur Jean-Pierre Thorn. En Algérie, à Oran, Djamel Kelfaoui retrace l’histoire de Cheb Hasni, le « rossignol du raï » assassiné en 1994. Son film Cheb Hasni, je vis encore clôturait une journée de projections et débats autour de la disparition supposée de la banlieue et celle, de plus en plus ressentie par tout le monde, des dépenses publiques pour la culture.

De sa voix rauque et profonde, maligne sur les bords, D’ de Kabaal riposte aux vieux conservateurs ce qu’eux disaient aux immigrés quelques 30 ans plus tôt. « Hé tonton, la France a bien changé. La France, tu l’aimes ou tu la quittes. » Si la France est ton pays, tu l’aimes d’un amour inconditionnel, en bons et mauvais temps. Tu restes malgré l’orage, tu luttes contre la rage.

Dans 93 – la belle rebelle, D’ le poète vétéran et « gars de Bobigny », affirme être banlieusard d’abord, rappeur après et enfin Antillais. C’est la sweet banlieue 93 qui compte avant tout, car c’est ici que se font remarquer l’ignorance de l’Etat face à la situation hargneuse des milieux sociaux défavorisés. Et c’est ici aussi que commence la bataille, celle contre ces vieux hommes blancs en costume-cravate qui réduisent la banlieue à du bruit et de l’odeur.

Quelques heures auparavant, Faire kifer les anges nous montrait un autre versant de cette culture juvénile à travers les témoignages des égéries des danses urbaines : Gabin Nuissier et la compagnie Aktuel Force, Kader Attou d’Accrorap ou encore la compagnie Azanie autour de Fred Bendongué. Là aussi, une jeunesse qui tente d’échapper à la « rouille » du quotidien. Inoubliable, une des phrases qui ouvrent le film, prononcée par le graffeur Noredine : « Ton quartier tombe en ruines, les gens peuvent y crever comme des chiens, crever de faim, crever de came, crever de tout ce que tu veux – personne ne s’en occupe. »

Les tables rondes entre les films tournent autour des questions qui, quelques trente ans après l’arrivée du rap en France, ne cessent de préoccuper les acteurs du domaine culturel, en particulier en Seine-Saint-Denis, département connu pour sa richesse culturelle. Au lieu de soutenir la culture, deuxième secteur d’emploi en France, la liquidation des dépenses publiques la réduit à un luxe. Finalement, la question du « tiékar » se retrouve aussi ailleurs, à Oran par exemple.

La soirée se termine par une projection de Cheb Hasni, je vis encore de Djamel Kelfaoui. En 1992, le réalisateur de Bondy retourne dans le pays de ses parents pour suivre pendant deux ans le chanteur de raï qui a séduit l’Algérie, jusqu’à sa mort violente à 26 ans. Double hommage à Hasni, resté dans sa ville malgré les menaces, et à Kelfaoui, militant et créateur du festival Y’a de la banlieue dans l’air à Bondy.

 

Retour sur ces journées en image :

Crédits Photo : Willy Vainqueur